
C'est la proportion de personnes migraineuses dans le monde, avec environ deux fois plus de femmes que d'hommes (Stovner, 2022). Et pourtant, la plupart ne savent pas ce qui se passe pendant une crise.
Si vous lisez cet article, vous avez sans doute déjà entendu « c'est la migraine » comme si c'était une explication. Ce n'est pas une explication, c'est un nom. Ici, on va voir ce qui se passe vraiment dans votre tête pendant une crise, et les trois grands mécanismes qui l'expliquent : un cerveau réglé plus sensible, un relais nerveux partagé avec la nuque, et les hormones.
1. Migraine ou « simple » mal de tête ?
Tous les maux de tête ne sont pas des migraines. Les médecins s'appuient sur des critères précis (IHS, 2018). On parle de migraine quand on a eu au moins cinq crises qui ressemblent à ça :
- Une durée de 4 à 72 heures si on ne prend rien
- Au moins deux de ces caractéristiques : douleur d'un seul côté, douleur qui bat comme le pouls, intensité modérée à forte, aggravée par l'effort (monter un escalier devient pénible)
- Au moins un signe associé : nausées ou vomissements, ou gêne à la fois à la lumière et au bruit
Si votre mal de tête ressemble plutôt à un casque qui serre des deux côtés, sans nausée, il s'agit plus probablement d'une céphalée de tension. Les deux peuvent d'ailleurs coexister chez la même personne.
En vidéo : la migraine en 30 secondes
2. Une crise se déroule en 4 temps
La douleur n'est que la partie la plus visible. Une crise commence souvent bien avant, et se termine bien après (Goadsby, 2017).
- Le prodrome : quelques heures à deux jours avant. Bâillements à répétition, fatigue, irritabilité, envie de sucré, nuque raide. Le cerveau est déjà en train de changer de régime.
- L'aura : elle touche environ une personne migraineuse sur trois. Zigzags lumineux, zone floue dans le champ de vision, parfois fourmillements dans la main ou le visage. Elle dure de 5 à 60 minutes.
- La céphalée : la douleur elle-même, avec la nausée et le besoin de s'isoler dans le noir.
- Le postdrome : la « gueule de bois » de la migraine. Tête vide, fatigue, difficulté à se concentrer pendant un à deux jours.
Pourquoi c'est utile de le savoir : repérer vos signes de prodrome, c'est souvent voir arriver la crise avant la douleur. Et c'est aussi comprendre que certains « déclencheurs » sont en réalité des symptômes.
3. Cause n°1 : un cerveau réglé trop sensible
Pendant longtemps, on a expliqué la migraine par des vaisseaux qui se dilatent dans la tête. On sait aujourd'hui que ce n'est pas le point de départ (Goadsby, 2017). La migraine est d'abord un trouble du traitement des informations sensorielles : le cerveau migraineux réagit plus fort et plus vite aux changements.
Concrètement, plusieurs choses se passent :
- Une zone profonde du cerveau, l'hypothalamus, s'active dès le prodrome. C'est elle qui gère le sommeil, la faim, les hormones et le rythme de la journée. Ce qui explique pourquoi un sommeil décalé ou un repas sauté pèsent autant.
- Le nerf trijumeau, le grand nerf sensitif du visage et des enveloppes du cerveau, s'emballe. Ses fibres libèrent des messagers comme le CGRP, qui entretiennent la douleur et la sensibilité. Les traitements récents de la migraine ciblent justement ce messager.
- La sérotonine participe aussi à cette régulation. C'est sur ses récepteurs qu'agissent les triptans, les médicaments de crise les plus prescrits.
Photo : Husam El Haq / Unsplash
À retenir : la migraine n'est ni « dans la tête » au sens psychologique, ni un simple problème de circulation. C'est un système nerveux qui a un seuil de déclenchement plus bas que la moyenne. Tout l'enjeu est de comprendre ce qui fait baisser ce seuil chez vous.
4. Cause n°2 : la nuque et le nerf trijumeau partagent le même relais
C'est un point que beaucoup de patients découvrent en consultation. Les nerfs de la nuque haute (les trois premières vertèbres cervicales) et le nerf trijumeau se rejoignent dans le même relais du tronc cérébral. Résultat : un message qui part de la nuque peut être ressenti dans la tête, et un message qui part de la tête peut être ressenti dans la nuque (Bartsch, 2003).
C'est pour ça que la douleur de nuque est beaucoup plus fréquente chez les personnes migraineuses que chez les autres (Ashina, 2015). Parfois elle précède la crise, parfois elle l'accompagne, parfois elle reste là entre deux crises.
Une nuque raide ne « crée » pas une migraine. Mais quand elle envoie en continu des informations vers ce relais déjà sensible, elle peut faire partie des éléments qui rapprochent le seuil de déclenchement.
5. Cause n°3 : les hormones, et pourquoi les femmes sont plus touchées
Avant la puberté, garçons et filles sont touchés à peu près autant. Ensuite, la migraine devient nettement plus fréquente chez les femmes. Les œstrogènes modulent la sensibilité du nerf trijumeau et la sérotonine.
Ce n'est pas tant leur niveau qui compte que leur chute rapide. Juste avant les règles, les œstrogènes baissent brutalement : c'est la période où le risque de crise est le plus élevé. On parle de migraine menstruelle (MacGregor, 2007). Grossesse, post-partum, contraception et périménopause peuvent aussi modifier le profil des crises.
Un réflexe simple : notez vos crises sur un calendrier avec vos dates de règles pendant trois mois. Si un lien apparaît, parlez-en à votre médecin ou à votre gynécologue. C'est une information précieuse pour eux.
6. Les déclencheurs : le vase qui déborde
Les personnes migraineuses citent surtout le stress, les variations hormonales, les repas sautés, la météo, le manque ou l'excès de sommeil, certaines odeurs et la lumière forte (Kelman, 2007). Le stress arrive en tête.
Mais un déclencheur isolé déclenche rarement une crise à lui seul. Imaginez un vase : chaque facteur ajoute un peu d'eau. Une nuit courte, une semaine chargée, la nuque bloquée depuis trois jours, un repas sauté, et la goutte de trop fait déborder.
Ce qui remplit le vase
- Stress qui dure, ou au contraire la détente brutale du week-end
- Sommeil décalé, trop court ou trop long
- Repas sautés, déshydratation
- Chute hormonale avant les règles
- Nuque, mâchoire ou épaules en tension permanente
Ce qui garde de la marge
- Des horaires de sommeil réguliers, même le week-end
- Des repas à heures fixes
- Des temps de récupération dans la semaine
- Un agenda des crises pour repérer vos propres schémas
Si vous sentez que le stress est votre principal remplisseur de vase, mon quiz gratuit sur votre profil de stress vous aide à repérer comment votre corps réagit quand il reste en alerte.
7. Les signaux qui doivent vous faire consulter vite
Appelez le 15 ou consultez en urgence si : la douleur est brutale et maximale en quelques secondes (« le pire mal de tête de ma vie »), s'il y a une faiblesse d'un côté du corps, des troubles de la parole ou de la vision qui ne ressemblent pas à votre aura habituelle, une fièvre avec raideur de nuque, ou si le mal de tête suit un choc à la tête (Do, 2019).
Consultez aussi votre médecin sans tarder si les maux de tête apparaissent pour la première fois après 50 ans, s'ils changent nettement de caractère, ou s'ils vous réveillent la nuit de façon répétée.
Le piège des antidouleurs : prendre des antalgiques plus de 10 à 15 jours par mois peut, à la longue, entretenir les maux de tête eux-mêmes (IHS, 2018). Si vous en êtes là, parlez-en à votre médecin : ce n'est pas un échec, c'est un mécanisme connu et qui se traite.
Des migraines qui reviennent et un traitement qui ne suffit plus ?En complément de votre suivi médical, l'étiopathie recherche ce qui abaisse votre seuil de crise : nuque haute, mâchoire, tension de fond.
8. Ce qu'on fait en cabinet
La migraine relève d'un suivi médical, et je ne remplace jamais un traitement prescrit. Mon rôle est différent : chercher, chez vous, ce qui remplit le vase. Voici les axes que j'explore en consultation.
Ce que je recherche
- Votre profil de crise. Fréquence, durée, côté, aura, moment de la journée, lien avec le cycle, avec le sommeil, avec les semaines chargées. On ne regarde pas une migraine, on regarde la vôtre.
- Les signes qui ne relèvent pas de moi. Avant toute chose, je vérifie qu'il n'y a pas de signal d'alerte qui nécessite un médecin. Si c'est le cas, je vous oriente.
- La nuque haute. La mobilité et la sensibilité des premières vertèbres cervicales et de la base du crâne, parce qu'elles envoient leurs informations directement au relais du trijumeau.
- La mâchoire. Serrage des dents, articulation temporo-mandibulaire, muscles masticateurs : c'est le territoire du trijumeau, et une source fréquente de messages en continu.
- Ce qui maintient le système nerveux en vigilance. Respiration haute et rapide, thorax figé, sommeil haché, rythme de vie : tout ce qui empêche le corps de redescendre entre deux crises.
L'objectif n'est pas de faire disparaître une maladie neurologique en une séance. C'est d'identifier les facteurs mécaniques qui vous rapprochent du seuil de crise, d'agir dessus quand c'est pertinent, et de vous donner des repères clairs. Si vous voulez comprendre ce qui distingue cette approche, je l'explique dans mon article sur les différences entre étiopathe et ostéopathe.
9. Idées reçues à abandonner
Mythe : c'est le chocolat qui déclenche ma crise
Réalité : l'envie de sucré fait souvent partie du prodrome. La crise avait déjà commencé.
Mythe : c'est psychologique
Réalité : c'est neurologique. Le stress est un déclencheur fréquent, pas la cause de la maladie.
Mythe : ce sont les vaisseaux qui se dilatent
Réalité : la dilatation n'est pas le point de départ. Tout commence dans le système nerveux.
Mythe : si j'ai mal à la nuque, ce n'est pas une migraine
Réalité : la nuque fait souvent partie du tableau, avant, pendant ou entre les crises.
10. Ce qu'il faut retenir
- La migraine touche environ une personne sur sept, surtout les femmes
- C'est un système nerveux plus sensible, pas un problème de vaisseaux ni « dans la tête »
- Une crise a quatre temps : prodrome, aura (pas toujours), céphalée, postdrome
- Trois mécanismes l'expliquent : un cerveau plus sensible, un relais partagé avec la nuque, les hormones
- Le nerf trijumeau et la nuque haute partagent le même relais dans le tronc cérébral
- Les crises arrivent quand plusieurs facteurs s'additionnent : stress, sommeil, hormones, repas, tensions
- Douleur brutale, signes neurologiques ou fièvre : urgence
Si vos crises reviennent malgré un suivi médical bien mené, un examen étiopathique permet de rechercher les facteurs mécaniques qui entretiennent le problème. C'est l'objet d'une première consultation en étiopathie.
Migraines à répétition à Nice ?Hugo Desmorat, étiopathe à Nice, consultation au 11 bd Joseph Garnier, quartier Libération.
FAQ : Migraine, les questions les plus fréquentes
Comment savoir si c'est une migraine ou un simple mal de tête ?
La migraine évolue par crises de 4 à 72 heures, souvent d'un seul côté, avec une douleur qui bat, modérée à forte, aggravée par l'effort. Elle s'accompagne de nausées ou d'une gêne nette à la lumière et au bruit. Un médecin pose le diagnostic à partir de ces critères.
Le chocolat déclenche-t-il les migraines ?
Rarement de façon directe. L'envie de sucré fait souvent partie du prodrome, la phase qui précède la douleur. On mange du chocolat parce que la crise a déjà commencé, et on l'accuse ensuite.
Une douleur de nuque peut-elle déclencher une migraine ?
La nuque et le nerf trijumeau partagent un relais commun dans le tronc cérébral. Une nuque raide est très fréquente chez les personnes migraineuses, parfois avant même la douleur. Elle ne cause pas la migraine à elle seule, mais elle peut faire partie des facteurs qui abaissent le seuil de déclenchement.
Pourquoi mes migraines arrivent-elles avant les règles ?
La baisse rapide des œstrogènes juste avant les règles rend le cerveau migraineux plus réactif. C'est ce qu'on appelle la migraine menstruelle. Un suivi avec votre médecin ou votre gynécologue permet d'en parler.
Un étiopathe peut-il soigner la migraine ?
La migraine est une maladie neurologique qui relève d'un suivi médical. L'étiopathe intervient en complément : il recherche les facteurs mécaniques qui entretiennent les crises, comme la nuque haute, la mâchoire ou un système nerveux en tension permanente. On ne remplace jamais un traitement prescrit.
Quand faut-il consulter en urgence pour un mal de tête ?
Appelez le 15 pour une douleur brutale et maximale en quelques secondes, une faiblesse d'un côté du corps, des troubles de la parole, une fièvre avec raideur de nuque, ou un mal de tête après un choc à la tête.
Sources : Stovner L.J. et al., "The global prevalence of headache: an update", Journal of Headache and Pain, 2022 · Headache Classification Committee of the International Headache Society (IHS), "The International Classification of Headache Disorders, 3rd edition", Cephalalgia, 2018 · Goadsby P.J. et al., "Pathophysiology of migraine: a disorder of sensory processing", Physiological Reviews, 2017 · Bartsch T., Goadsby P.J., "Increased responses in trigeminocervical nociceptive neurons to cervical input after stimulation of the dura mater", Brain, 2003 · Ashina S. et al., "Prevalence of neck pain in migraine and tension-type headache: a population study", Cephalalgia, 2015 · MacGregor E.A., "Menstrual migraine: a clinical review", Journal of Family Planning and Reproductive Health Care, 2007 · Kelman L., "The triggers or precipitants of the acute migraine attack", Cephalalgia, 2007 · Do T.P. et al., "Red and orange flags for secondary headaches in clinical practice: SNNOOP10 list", Neurology, 2019. Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical ou un examen clinique adapté à votre situation.
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